Le bal des tournées en Afrique se poursuit ces dernières semaines. Après la tournée chinoise en Afrique de l’Est début 2022, d’autres géants occidentaux ont eux aussi lancé leurs tournées. La tournée française a coïncidé avec la tournée russe. En ce moment, ce sont les américains qui, eux-aussi, investissent le continent. En observant un peu, j’ai trouvé quelques points communs entre toutes ces tournées. Je vous propose de les analyser ensemble dans cet article. Avant, il faut bien se rappeler de la raison principale pour laquelle ces tournées sur le continent se multiplient.

Les tournées en Afrique : réactions à un réveil africain

Pourquoi les chinois, russes, français et américains se succèdent-ils sur le continent ? Je ne sais pas vous, mais on peut faire un rapprochement avec la période avant les indépendances. Mais, oublions cet aspect. De plus en plus de voix s’élèvent sur le continent pour dénoncer les rapports entre l’Afrique et les puissances occidentales. Les partenariats étant très souvent à l’avantage des entreprises occidentales, il y a de plus en plus d’intérêts occidentaux en Afrique. Pendant ce temps, le rythme de développement des Etats Africains patine. Encore plus avec la pandémie et la guerre en Ukraine, qui a affaibli l’économie africaine, l’Afrique cherche à réinventer ses relations et ses partenariats.

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Cette recherche se matérialise aussi bien dans le discours des dirigeants que dans l’opinion populaire. La vague des coups d’Etats dans les pays ouest-africains a profondément marqué le sentiment anti-français et renforcé les bases russes sur le continent. Comme quoi, on veut chasser un loup pour un autre. On comprend donc que lorsque certaines sont en perte de vitesse, d’autres gagnent du terrain. L’objectif de leurs tournées sont soit de rétablir une relation de confiance, soit d’en créer une nouvelle. Quelque soit l’objectif, les tournées africaines des puissances du Nord ont des points communs. Analysons-les ensemble.

Le même narratif : changer la relation avec l’Afrique

Comme je l’ai dit, les objectifs sont véritablement différents d’une puissance à une autre. Mais, dans tous les cas, le discours et le narratif est le même. Tous veulent changer la relation qu’ils avaient avec l’Afrique. Ce narratif a quelque chose de positif. C’est qu’il reconnaît qu’il existait une relation inadéquate et inadaptée entre lesdites puissances et les Etats d’Afrique. C’est déjà un bon début, n’est-ce pas ?

Des derniers arrivants aux plus anciens, ils veulent tous que les Etats d’Afrique traitent avec eux de façon différente. Les relations doivent changer et la voix de l’Afrique doit désormais compter. Dis, comme ça, on peut très vite être rassurés par naïveté. Entre ce qu’on nous vend dans les discours et ce qui est, il y a un écart monstre.

Le même trajet : 3 arrêts

L’Afrique compte 54 pays. Tous différents, avec chacun leurs particularités et leurs priorités en matière de développement. Le train d’une tournée africaine a souvent trois arrêts. Même si la dernière tournée russe est une exception avec quatre destinations. Et dites vous bien que les pays visités à chaque tournée ne sont pas le fruit du hasard. Mais, la question que je pose est la suivante. Peut-on établir une nouvelle relation avec tous les Etats africains en intervenant stratégiquement dans seulement trois pays ? Pour moi, non. C’est très insuffisant à mon avis pour qu’on nous le vende comme des signes d’un renouvellement de la relation entre les puissances du Nord et l’Afrique.

Le même intérêt : se servir de l’Afrique

Pour tous, l’Afrique est un pion dans leurs conflits. Tous ceux qui font des tournées en Afrique, s’opposent sur plusieurs questions aujourd’hui. Sur le plan économique, les intérêts stratégiques sont très divergents en Afrique. Etant à la recherche du meilleur parti pour construire leurs économies, plusieurs Etats Africains se retrouvent à devoir coopérer avec plusieurs puissances à la fois. Donc, les conflits entre eux se matérialisent au sein même de ces Etats Africains. Ou dans différentes régions. Quand la Chine investit l’Afrique de l’Est, la France s’aventure en Afrique de l’ouest par exemple. Le scénario est similaire sur le terrain politique et militaire, où l’arrivée des russes en Centrafrique précède le départ de la France du Mali.

En fin de compte, les Etats Africains continuent de servir de terrain de guerre pour les puissances du Nord. Elles ne se cachent d’ailleurs même pas dans leurs déclarations. En réalité, chacune d’entre elles cherche à défendre au mieux ses intérêts. Et surtout à profiter de ce qui peut encore l’être, le temps que le réveil et la prise de conscience des dirigeants africains ne soit plus grande et plus difficile à contenir.

Mais, peut-on leur en vouloir de chercher à sauvegarder leurs intérêts ? Ce n’est peut-être pas juste ou tout ce que vous voulez. Mais, c’est rendu possible avec la complicité de nos dirigeants. Ce qu’il faut véritablement faire, c’est que l’Afrique commence à coopérer avec ces puissances au regard de ces intérêts. Les besoins de chaque Etat doivent guider leurs coopérations avec le Nord. Et pas l’inverse. Une dernière question pour conclure. Au nom de la nouvelle relation en construction avec l’Afrique, les présidents Africains ne devraient-ils pas eux-aussi organiser leurs tournées respectives en Europe et en Asie ?

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